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Tazouakt · Moyen Atlas

La peinture sur cèdre

Les plafonds peints du Maroc tiennent à un arbre, un pigment et une patience que personne ne mesure plus en heures.

Le tazouakt (aussi orthographié tazouaqt, ou simplement zouaq) désigne l'art traditionnel marocain de la peinture sur bois : des motifs géométriques ou floraux appliqués à la main sur des surfaces en bois, le plus souvent du cèdre, pour habiller portes, plafonds, corniches et mobilier. Les artisans qui pratiquent cet art sont appelés zawwaqa ; chacun développe une main reconnaissable, au point qu'on peut distinguer, sur un même plafond, le travail de plusieurs zawwaqa différents rien qu'en l'observant de près.

Le bois : le cèdre

Le tazouakt se peint presque toujours sur du bois de cèdre, préparé et parfois sculpté avant d'être peint. Le cèdre de l'Atlas (Cedrus atlantica) a de tout temps servi à la construction de bâtiments, de palais et de mosquées au Maroc, en raison notamment de sa résistance naturelle aux insectes, qui en fait un bois recherché aussi bien en charpente qu'en menuiserie fine. Une réserve de biosphère reconnue par l'UNESCO en 2016 dans l'Atlas central marocain protège à elle seule 75 % de la population mondiale de cette espèce — un cèdre par ailleurs très présent dans l'économie rurale de la région, entre agriculture, apiculture et tourisme. Ce constat écologique est une chose ; la provenance du bois d'un chantier précis en est une autre, documentée séparément : au palais de la Bahia, à Marrakech, le vizir Ba Ahmed a fait venir, à la fin du XIXe siècle, du cèdre du Moyen Atlas pour la décoration des salles qu'il faisait construire, aux côtés du marbre de Meknès et des zelliges de Tétouan. Le tazouakt qui orne aujourd'hui portes et plafonds dans les médinas de Fès, Marrakech ou Chefchaouen n'est donc pas seulement un art du pinceau : c'est aussi, en amont, un art du choix du bois.

Le pigment et le liant

Avant les peintures industrielles, les zawwaqa préparaient eux-mêmes leurs couleurs à partir de pigments minéraux, broyés au mortier et mélangés à de la colle de peau chauffée sur un brasero, le mejmar. Les fonds ocre, eux, recevaient une peinture à base de jaune d'œuf. Chaque teinte avait sa recette et son nom d'atelier : la laine de mouton brûlée donnait le noir, l'indigo (nila) le bleu, le curcuma le jaune, le henné et le paprika des tons chauds ; la poudre de pavot et l'écorce de grenade entraient dans la composition du rouge, et le sulfate de cuivre fournissait certaines nuances de vert. Les artisans désignaient leurs mélanges par des expressions imagées plutôt que par des noms de pigments savants — qalb lbanana pour un jaune clair, zraq ellil pour un bleu profond, moussekh pour une teinte volontairement rabattue ou salie. Une fois le décor achevé et séché, un vernis à l'huile de lin, appliqué au chiffon, venait protéger la surface peinte.

Le geste : tracé, pinceau et motifs

Le tracé du tazouakt obéit à des règles précises, transmises d'un atelier à l'autre plutôt que couchées dans un manuel. Les compositions géométriques suivent deux principes fondamentaux, la ḥasba et la qasma, qui régissent la construction des étoiles à partir de coefficients mathématiques : une étoile à seize branches entourée d'étoiles à huit branches, par exemple, porte un nom propre, stachri bel mtammen, et son centre porte lui aussi un nom, na'ora. À partir de ces mêmes coefficients, une composition peut passer d'un tracé simple à un motif beaucoup plus complexe sans jamais perdre sa symétrie de départ. Les motifs floraux se répartissent, eux, en deux grandes familles, toujours construites en miroir et de façon symétrique : le tawriq (du mot waraqa, la feuille) et le tashjir (de shajara, l'arbre), complétés de motifs plus ponctuels comme le 'arq (la racine), le qronfel (l'œillet) ou le sūsān (le lys).

Le pinceau lui-même est fait main, à partir de crins de crinière d'âne. Pour reporter un motif complexe sans le redessiner à chaque fois, l'artisan découpe d'abord un pochoir en carton, en évidant les pleins au ciseau pour les tracés géométriques ou à la gouge pour les motifs floraux, puis imprime le dessin au tampon poudreur sur le fond ocre déjà préparé. Vient ensuite le Triḥ : la mise en couleur du motif imprimé, pinceau tenu d'une main, l'autre servant d'appui à la paume. Une fois la peinture sèche, la poudre du pochoir est retirée et l'artisan trace au pinceau fin, en blanc ou en noir, les fines lignes de finition qui font ressortir chaque forme — une étape appelée Tazyīn.

La place : plafonds peints, portes et mobilier

Le tazouakt s'applique aussi bien à l'architecture — portes, fenêtres, plafonds, auvents, frises — qu'au mobilier : tables, tabourets, cadres de miroirs, chaises. Le palais de la Bahia, à Marrakech, en offre l'un des ensembles les mieux documentés et les mieux datés : les appartements du Grand Riad portent une inscription qui situe leur construction en 1866-1867, sous le vizir Si Moussa, tandis que la Salle d'Honneur — considérée comme l'un des espaces où le décor peint est le plus abouti du palais — porte une inscription de 1896-1897, sous le vizir Ba Ahmed. Le reste du palais multiplie les variantes du même geste : un plafond sculpté et peint dans les galeries du Petit Riad, un plafond décoré dans une salle autour de la Petite Cour, un plafond peint sous les galeries de la Grande Cour, et, à l'entrée du Grand Riad, un plafond qui associe muqarnas sculptés et décor peint. Cette profusion tient en partie au recrutement de Ba Ahmed lui-même : grand vizir de 1894 à 1900, il a fait venir des artisans de tout le Maroc pour décorer les extensions méridionales du palais qu'il faisait construire. D'autres lieux emblématiques du zouaq sont documentés à Marrakech, comme Dar Si Said et la fontaine Sidi Bel Abbas, et à Fès, où le mausolée de Moulay Idriss II en conserve un exemple.

Qui peint aujourd'hui

Le zouaq reste un métier de transmission directe, d'atelier à atelier plutôt que d'école : les zawwaqa — on parle aussi de m'allems pour les artisans les plus confirmés — continuent de peindre dans les médinas où le bois travaillé n'est traditionnellement pas considéré comme achevé tant qu'il n'est pas peint, à commencer par Fès, Marrakech et Chefchaouen. La main de chaque artisan reste reconnaissable, même lorsque plusieurs m'allems interviennent sur un seul et même plafond — une signature discrète, à l'échelle d'une étoile ou d'une feuille peinte. Cette continuité tient au vocabulaire même du métier : les termes techniques du tracé (ḥasba, qasma), des motifs (tawriq, tashjir) et des couleurs (qalb lbanana, zraq ellil) se transmettent avec le geste, d'un m'allem à son apprenti, et non par un enseignement écrit.

Où le voir, où l'essayer

Pour voir le tazouakt à grande échelle et daté avec précision, le palais de la Bahia à Marrakech reste la référence : le Grand Riad (1866-1867), la Salle d'Honneur (1896-1897) et les galeries du Petit Riad et de la Grande Cour se visitent. Dar Si Said, la fontaine Sidi Bel Abbas et le mausolée de Moulay Idriss II à Fès en montrent d'autres variantes, sur portes et frises plutôt que sur des plafonds entiers. Pour rencontrer les ateliers qui pratiquent encore ce geste aujourd'hui — pochoir, pinceau de crin et pigments compris — direction l'annuaire Tazuri : découvrir le métier du tazouakt.

Sources